COMMUNIQUÉ — Guerre dans le Caucase : la France aux abonnés absents

Le conflit qui vient d’éclater dans l’est du Caucase, où la Turquie joue sa partition sans opposant pour lui répondre, offre une nouvelle illustration des carences de notre politique étrangère. Et un nouvel argument pour appeler les Français à reprendre le contrôle de leur diplomatie.

DEPUIS le 27 septembre 2020, l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’opposent autour du territoire arménophone du Haut-Karabakh, officiellement sous souveraineté azérie mais occupé et revendiqué par l’Arménie. Anciennes républiques soviétiques de l’est du Caucase, les deux États sont à couteaux tirés depuis leur indépendance. Dès 1991, ils sont entrés en conflit dans le Haut-Karabakh et le Nakhitchevan, enclave azérie entre l’Arménie et l’Iran. La ligne de cessez-le-feu, tracée en 1997, a placé sous contrôle arménien une grande part de l’enclave du Haut-Karabakh ainsi que la part de territoire qui sépare le Nakhitchevan de l’Azerbaïdjan.

Ce déséquilibre semble être la cause du nouvel épisode militaire entre les deux pays. Les paroles du président azéri Ilkham Aliev prononcées le 3 octobre dernier sur la chaîne Al-Jazeera ne font en effet pas mystère du désir de l’Azerbaïdjan de « reprendre [ses] territoires », conformément, selon lui, au « droit légitime et [à l’]objectif historique » des Azéris.

Dans ce conflit, l’Azerbaïdjan sait qu’il peut compter sur le soutien de la Turquie, trop contente de pouvoir avancer ses pions sur l’échiquier caucasien. Animée d’un sentiment d’impunité, elle semble ne se fixer aucune limite. D’autant moins que ses alliés, dont la France, ne peuvent se permettre de s’engager pour elle dans un conflit qu’elle aura contribué à déclencher.

L’Azerbaïdjan, turcophone, occupe une place stratégique entre les monts Zagros et la mer Caspienne. Il est assis sur de considérables réserves en hydrocarbures — près de la moitié de son budget. Sa diplomatie repose sur un équilibre délicat : relations historiques avec la Russie, proximité avec Washington. Ses rapports avec l’Iran sont en demi-teinte, bien qu’il soit chiite comme lui. La raison en est la proximité de l’Azerbaïdjan avec Israël, et, à l’inverse, l’étroite relation que Téhéran entretient avec l’Arménie.

L’Arménie bénéficie quant à elle d’une proximité privilégiée avec la Russie, qui entretient une base à Gumri, point stratégique pour ses opérations dans la vallée mésopotamienne. Moscou a cependant soutenu Serge Sarkissian lors de la révolution de 2018. Elle voit en effet d’un mauvais œil le maintien au pouvoir de l’actuel Premier ministre, Nikol Pachinian, en qui elle redoute un nouveau Saakachvili. Elle appréhende aussi une sortie de l’Arménie de l’Union eurasiatique. En fait, la Russie cherche prudemment à maintenir le statu quo de 1997. À ce titre, elle ne soutient ni ne dénonce les revendications croisées azéro-arménienne sur Stepanakert/Khankendi, ville principale du Haut-Karabakh.

Tout le contraire de l’État turc, donc, qui prend fait et cause pour l’Azerbaïdjan, au point d’être accusé par l’Arménie d’avoir descendu récemment un de ses appareils multirôles ainsi que d’opérer des frappes de drones. Des milliers de combattants irréguliers en provenance de Syrie auraient aussi été transportés sur place par Ankara, en appui de l’offensive azérie.

Après deux semaines de combat, le front semble s’enliser. Les deux camps mènent donc des opérations à longue portée visant à l’élargir et à sortir d’une impasse opérationnelle : bombardements par l’armée arménienne de Gandja, deuxième ville azérie ; frappes sur Stepanakert par les forces azéries et leurs alliés.

Et la France dans tout cela ? Comme toujours, elle souffre de ses engagements incertains et de son absence complète de ligne directrice en politique étrangère. Alliée, par l’OTAN, à la Turquie, elle n’ose pas se dresser face aux manœuvres que mène Ankara dans son voisinage.

Le pis est que notre passivité à l’international se répercute sur la séparation de nos pouvoirs constitutionnels. L’indécision de l’exécutif laisse le champ libre aux groupes d’influence des deux belligérants à l’Assemblée nationale, où le groupe d’amitié France-Arménie et son équivalent d’Azerbaïdjan s’opposent sur la marche à suivre. À cause de notre attentisme, notre politique étrangère devient le jouet des groupes de pression !

Il est temps que la France adopte de nouveau la position qui a fait sa grandeur dans l’histoire : la défense des indépendances nationales, en fixant des limites aux agressions qui portent atteinte à la souveraineté de quelque État que ce soit. La France doit reprendre le contrôle de sa diplomatie, intimer à la Turquie de cesser ses ingérences, et appeler à un cessez-le-feu.

Killian SCHWAB
Pour Génération Frexit

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