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I. L’EURO EST CONDAMNÉ

CHAPITRE 1

La « monnaie unique » : une illusion

AU DÉTOUR de l’un de ses articles, Vincent Brousseau nous prévient : « Les constructeurs de l’Union monétaire ont joué aux apprentis sorciers. » Pourquoi cela ? Parce que l’Union monétaire repose sur un tour de passe-passe accrédité dans l’opinion publique au moyen d’un subterfuge sémantique : « l’euro, monnaie unique ».

Une formule simple, facile à retenir et, surtout, à propager. Une formule, aussi, qui tire sa force de la croyance qu’elle fait naître (« l’euro est solide, puisqu’il est “unique” »). Une formule magique, en somme.

Grâce à elle, les Français s’imaginent que, depuis l’introduction de l’euro (entre 1999 et 2001), le franc et les monnaies nationales ont disparu et se sont fondus mystérieusement dans une même monnaie, baptisée « euro », que les Espagnols, les Belges, les Italiens, les Allemands, les Grecs, etc., partageraient et s’échangeraient indifféremment.

Hélas, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Les dessous de cette alchimie en révèlent le caractère illusoire.

Sous les euros mis en circulation subsistent toujours
les francs, les marks, les lires, et chaque monnaie nationale.

Fondamentalement, qu’est-ce qu’une monnaie ? Une créance sur une banque centrale. Qui dit « monnaie unique » dit donc banque centrale unique, une seule pour toute la zone euro. Pourtant, chacun peut constater facilement que ni la Banque de France, ni la Bundesbank, ni la Banque d’Italie n’ont disparu. L’Union monétaire a fait apparaître une nouvelle banque centrale : la BCE, mais n’a pas fait disparaître les banques centrales nationales, qui sont d’ailleurs ses actionnaires.

Sur cet aspect comme sur les autres, l’Union européenne n’a rien simplifié du tout. Au contraire, elle a ajouté une institution supplémentaire, augmentant la complexité du système et la confusion des gens.

Qu’est-ce que ce manège implique, concrètement ? Cela implique que les euros français, les euros allemands, les euros italiens, etc., ne sont pas des créances sur la seule Banque centrale européenne — ce qui serait le cas si l’euro était bel et bien une « monnaie unique » —, mais sont aussi des créances respectives sur les banques centrales française, allemande et italienne.

En clair, sous les euros mis en circulation subsistent toujours, au niveau comptable, les francs, les marks, les lires, et chaque monnaie nationale. La seule différence — et c’est là que réside le tour de passe-passe — est que ces monnaies sont convertibles l’une en l’autre sans limite de temps ni de quantité, ni restrictions d’aucune sorte, à un taux de change fixe et irrévocable de un pour un (ce que l’on appelle un PEG dans le jargon de la finance).

L’euro repose donc sur le pari que la monnaie allemande,
la monnaie française, la monnaie italienne, etc.,
s’équivaudront pour l’éternité.

Ce que l’on a présenté au grand public français comme une « monnaie unique » n’est donc en réalité qu’un groupe de monnaies nationales homonymes, artificiellement liées entre elles selon un cours forcé, et ce, supposément, pour l’éternité.

L’euro repose donc sur un pari : celui que la monnaie allemande, la monnaie française, la monnaie italienne, etc., s’équivaudront pour l’éternité. Ce pari en suppose un autre : celui que les économies de l’Allemagne, de la France et de l’Italie s’équivalent à leur tour et convergent définitivement en adoptant d’elles-mêmes un taux de croissance, une structuration, un taux d’épargne, d’endettement, d’inflation, d’investissement public, etc., identiques ou similaires, pour l’éternité.

Les lecteurs perspicaces auront aussitôt saisi le caractère contre nature de l’opération. L’euro, qui aurait dû être une suite de la convergence économique, se retrouve devenir l’instrument pour la faire advenir. La pensée magique, née de l’angoisse de ne voir jamais cette convergence apparaître, a renversé la logique dans l’esprit de ses concepteurs, entichés de leur fétiche monétaire et grisés par leurs pouvoirs. Puisque l’euro nécessite la convergence économique, alors l’instauration de l’euro fera advenir celle-ci spontanément. Sans quoi l’euro serait un échec, ce qui est impossible, puisque les traités, qui ne sauraient errer, ont prévu son existence.

Quelles sont les conséquences de cette sorcellerie ? Elles sont nombreuses, mais deux d’entre elles vont retenir notre attention : d’abord la divergence des soldes Target et, par la suite, l’assouplissement quantitatif (ou « quantitative easing », en européen).

CHAPITRE 2

La divergence des soldes Target

PUISQUE l’euro est en réalité pluriel, alors les euros échangés dans le cadre du Marché unique supposent un système de dettes et de créances entre les diverses banques centrales de l’eurozone. Celui-ci est consubstantiel, dans le sens le plus strict, au principe de l’union monétaire. L’un ne va pas sans l’autre. Ce système porte le nom de TARGET-2.Trans-European Automated Real-time Gross settlement Express Transfer system 2, ou « système de transfert express automatisé transeuropéen à règlement brut en temps réel »
Et on appelle soldes Target la somme de ces créances et dettes contractées entre banques centrales au gré des échanges commerciaux de leurs pays respectifs. Comme il s’agit d’un système fermé, cette somme fait zéro.

Le pari des sorciers de l’euro était que la convergence se produirait sous l’effet de l’euro, ou du moins concomitamment à lui. Dans cette optique, ils avaient formulé l’espoir que, à terme, le marché gagnant en homogénéité au fur et à mesure que l’intégration s’approfondirait, chaque pays vendrait, achèterait et emprunterait autant aux autres que les autres lui vendraient, achèteraient et emprunteraient en retour. Les soldes Target se seraient donc équilibrés de même, se compensant de telle sorte que tous les pays seraient à peu près débiteurs et créanciers des autres dans des proportions équivalentes, et donc soutenables.

Mais si, par un coup du sort, cette convergence ne se produisait pas, ou qu’un incident l’interrompît, qu’adviendrait-il alors ? Il se produirait une divergence des soldes Target. Autrement dit, des pays se trouveraient largement créanciers, et d’autres largement débiteurs au sein de l’eurozone. Et, comme par une diablerie dont la finance a le secret, ce coup du sort survint en 2008, avec la crise des subprimes.

De façon tendancielle, les banques centrales des pays du Sud
devinrent débitrices des banques centrales des pays du Nord.

À compter de cette date, l’enchantement prit fin. Consécutivement à la suspension du marché monétaire interbancaire des prêts en blanc causée par la faillite de Lehman Brothers, deux pays en particulier se mirent à diverger fortement : l’Italie, d’une part, en négatif, et l’Allemagne, d’autre part, en positif. Et, de façon tendancielle, les banques centrales des pays du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, etc.) devinrent débitrices des banques centrales des pays du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande, etc.). La divergence s’est amplifiée depuis, de façon presque irrésistible, si bien que le solde Target de la Bundesbank a aujourd’hui dépassé les 1 000 milliards d’euros.

Ce phénomène est préoccupant, et voici pourquoi. Les banques centrales des pays créanciers possèdent désormais dans leur bilan une quantité de plus en plus élevée de créances de pays dont la solvabilité est très inférieure à la leur. Mais ces créances douteuses sont libellées dans une monnaie, l’euro, qui a cours forcé pour elle et qui est parfaitement fongible avec les leurs (appelées aussi « euro ») au taux irrévocable de un pour un. L’apurement est donc impossible, et la situation inextricable, à moins que les flux économiques ne s’inversent « comme par magie », entre pays créanciers et pays débiteurs.

Les pouvoirs de la BCE, hélas, ne s’étendent pas jusque-là. Celle-ci ne pouvait faire en sorte que l’argent des pays du Sud aspiré par les économies des pays du Nord fasse demi-tour en bon ordre. Mais si elle ne pouvait pas agir directement sur cette divergence, elle pouvait agir en coulisse sur la perception de la menace qu’elle représentait. C’est-à-dire disperser les brumes de l’inquiétude par un nouveau sortilège.

CHAPITRE 3

« Whatever it takes » :
l’incantation providentielle de Mario Draghi

QUELLE est cette menace ? Eh bien, au fur et à mesure que la divergence des soldes Target s’accroît, les marchés sont de moins en moins portés à croire à la pérennité de la monnaie commune, et de plus en plus portés à anticiper une redénomination des dettes de chaque État dans sa monnaie nationale.

Cette anticipation, bien entendu, n’est jamais explicitement formulée. Mais elle se traduit concrètement par une augmentation tendancielle des taux d’intérêt des pays débiteurs (les pays du Sud) par rapport à ceux des pays créanciers. Cette différence est désignée dans le jargon sous le terme de spread.

Pourquoi cette augmentation du spread, alors ? Parce que détenir de la dette libellée en euros italiens ou grecs est beaucoup plus risqué que détenir de la dette libellée en euros allemands ou néerlandais, dans la perspective où ces dettes seraient respectivement converties en lires et drachmes et en marks et florins.

Les investisseurs incluent donc le risque de redénomination dans le calcul des taux d’intérêt. Et plus le solde Target diverge, plus le risque de redénomination devient crédible, plus le taux d’intérêt doit en tenir compte, et plus le spread s’accroît. C’est ainsi qu’en février 2012, au maximum du spread, la Grèce empruntait à plus de 30 % pour les obligations à dix ans quand la France empruntait à moins de 3 %, et l’Allemagne à moins de 2 %.

Un spread si élevé est l’aveu éclatant
d’un échec de l’Union monétaire.

Un spread si élevé dans une union monétaire fait tache. Il est l’aveu éclatant d’un échec de celle-ci. Aussi la BCE fut-elle poussée à intervenir aussitôt que l’évidence de cet échec commença à menacer de se répandre dans l’opinion publique.

Le 26 juillet 2012, au paroxysme de la crise dans la zone euro, alors que l’on discutait ouvertement d’une expulsion de la Grèce de celle-ci, Mario Draghi, président de la BCE, prononça (en anglais) une nouvelle incantation à destination des marchés : « La BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro » (« ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro »).

S’ensuivit l’annonce de mesures non conventionnelles (essentiellement des rachats de titres obligataires) que la BCE était disposée à prendre à cette fin.

La légende propagée par les médias veut que ces trois mots : « whatever it takes » et l’annonce de ces mesures eurent sur les marchés l’effet des paroles et des gestes de Prospero sur la tempête. Aussitôt, le calme revint, le spread s’infléchit, et bientôt le reflux tant espéré des soldes Target s’opéra. « Le grand-prêtre avait prononcé, dans la langue rituelle, l’invocation sacramentelle. Le prodige s’était accompli », nous dit Vincent Brousseau. La confiance en l’Union monétaire était rétablie, l’euro était sauvé, croyait-on.

Une nouvelle menace allait surgir dans la zone euro :
le spectre de la déflation.

Mais qu’en fut-il vraiment ? Résumons ici l’hypothèse audacieuse de Vincent.

Si le reflux survint, à l’automne 2012, ce ne fut nullement par la grâce de l’influence magique de Mario Draghi, mais bien plutôt sous l’effet d’un mécanisme dérobé de rachat de dettes souveraines. Indices concordants à l’appui, Vincent soupçonne le Mécanisme européen de stabilité (MES), institué depuis peu à l’époque, d’avoir systématiquement racheté, dans le plus grand secret, des titres de dettes italienne et espagnole (les deux États les plus fortement débiteurs au titre des soldes Target) auprès des banques centrales des pays créanciers (Allemagne en tête).

Ces rachats permirent de drainer les créances douteuses de ces pays hors du bilan général de l’eurosystème, sans que jamais la BCE ne paraisse impliquée, réduisant de la sorte la divergence des soldes Target et apaisant la tension sur le marché obligataire. La « providence » avait opéré, mais sa magie était artificielle…

Durant deux ans, on put croire l’union monétaire en voie de rétablissement. Mais une nouvelle menace allait surgir dans la zone euro : le spectre de la déflation. Pour la déjouer, la BCE n’eut d’autre choix que de recourir à un nouveau subterfuge : l’assouplissement quantitatif, dont les conséquences allaient dissiper rapidement l’illusion que l’euro était sauvé.

CHAPITRE 4

Une machine folle : le quantitative easing

EN 2015, la BCE fut aux prises avec une contradiction. Son mandat l’oblige à maintenir une inflation « proche de mais inférieure à 2 % », mais ses statuts lui interdisent de prêter aux États de la zone euro, conformément à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il fallait pourtant injecter des liquidités pour soutenir l’économie. L’assouplissement quantitatif (ou quantitative easing) fut l’artifice pour se tirer de ce mauvais pas. En quoi cela consiste-t-il ? Essentiellement en l’achat sur le marché secondaire auprès des banques commerciales des titres de dettes souveraines qu’elles possèdentEssentiellement, parce que les rachats d’obligations d’entreprises sont aussi incluses dans cette opération.. Et comment cela fonctionne-t-il ? « D’une manière compliquée, et assez fiable, mais pas parfaitement fiable », nous explique Vincent Brousseau, à qui nous cédons la parole pour la suite de l’explication. « En gros, la BCE espère que la banque qui lui a vendu tel titre obligataire d’État va utiliser l’argent reçu en paiement pour souscrire, sur le marché primaire, à une autre obligation de ce même État ayant une maturité voisine, mais nouvellement émise. Ainsi, cette banque prêterait à l’État, puisque acheter en primaire, c’est prêter à l’émetteur du titre. Et l’interdiction qu’a la BCE de le faire directement elle-même quand cet émetteur est un État serait contournée. » Autrement dit : l’assouplissement quantitatif permet à la BCE de financer la dette des États sans violer formellement l’interdiction qui l’en empêche. Les apparences sont sauves, la liturgie est préservée. Un autre effet est d’entraîner mécaniquement la baisse des taux auxquels les États empruntent : le rachat systématique sur le marché secondaire de leurs titres de dette fait augmenter le prix de ceux-ci, et par conséquent baisser leurs taux d’intérêt. Cependant, la fiabilité de cette machinerie repose intégralement sur le bon vouloir des banques commerciales d’acheter continuellement de la dette souveraine, ce à quoi rien ne les oblige. Elle affaiblit donc la position de la BCE. Et cette faim de dette qu’elle alimente artificiellement contribue à augmenter la dette des États (selon un mécanisme vicieux qui rappelle un peu… l’Apprenti sorcier, de Gœthe).

Et un autre point noir allait surgir, selon Vincent Brousseau : le MES, à la faveur de cette opération, en aurait profité pour se défausser, sur le marché secondaire, des obligations achetées en douce à l’automne 2012… Or si ces achats massifs avaient permis de résorber la divergence des soldes Target et de dégonfler le spread, leur écoulement à bas bruit pendant l’assouplissement quantitatif ne pouvait manquer d’avoir l’effet inverse. Et, à partir de 2015, on constate en effet une nette reprise de la divergence des soldes Target. Le charme lancé par Mario Draghi en 2012 était rompu…

L’assouplissement quantitatif, qui devait sauver l’euro, révélait finalement toute la supercherie de sa dynamique. Il parut alors évident, que, à long terme, abstraction faite des artifices, « la courbe des soldes Target révélait un accroissement régulier, mécanique, inexorable de l’excédent de la balance des paiements allemande sur le reste des États de la zone euro ».

Cruelle déconvenue pour les européistes ! Parce que cette opération a eu un prix politique prodigieux : en constituant un financement monétaire des États (pour un montant dépassant les 2 000 milliards d’euros), l’assouplissement quantitatif a fait littéralement voler en éclats l’orthodoxie monétaire à laquelle les Allemands sont si fort attachés, à leur grande colère.

À compter de cette date, ce qui n’était encore qu’un sujet de préoccupation mineur dans les cercles économiques outre-Rhin — l’avenir de l’euro — allait devenir le point central, mais sourd, de leur réflexion. Le détricotage de l’euro devint une priorité implicite de la stratégie des plus éclairés d’entre eux.

CHAPITRE 5

Réforme de l’euro et protocole Duff :
la fuite en avant… jusqu’à la chute finale

EN RÉSUMÉ, nous assistons à une fuite en avant éperdue. L’assouplissement quantitatif était une tentative désespérée de sauver l’union monétaire, laquelle était déjà une tentative illusoire de sauver l’Union européenne en forçant la convergence des économies. La magie, qui devait opérer, n’a pas pris. Les apprentis sorciers furent sèchement rappelés à l’ordre par l’intraitable réalité.

« Une union monétaire entre souverains distincts constitue une impossibilité essentielle », nous rappelle sagement Vincent Brousseau, qui ajoute : « L’euro meurt d’un vice natif de construction. Il n’était pas possible d’avoir, à la fois, une pluralité de banques centrales nanties du privilège d’émettre la monnaie légale et une union monétaire. Ce qui se produit était prévisible (et fut d’ailleurs prévu par certains, que l’on n’écouta pas alors). »

Alors, peut-être suffit-il de réformer l’euro ? Cependant, pour Vincent Brousseau, cette hypothèse, chère à nombre d’eurosceptiques, repose sur une incompréhension fondamentale du fonctionnement de celui-ci.

« La seule possibilité de faire survivre l’euro, explique-t-il, impliquerait le retrait aux banques centrales nationales – dont la Bundesbank – de ce privilège [émettre la monnaie légale]. Mais cette option est impensable. Tout autre projet de réforme de l’euro, tel que celui de monnaie unique coexistant avec des monnaies nationales, laisserait subsister le problème Target. Sous un autre nom, certes, avec un aspect un peu différent, certes, mais en substance identique. L’euro n’est pas réformable. »

Mais si l’euro n’est pas réformable, peut-être la zone euro tout entière l’est-elle ? Peut-être que l’euro ne fonctionne pas parce que l’intégration communautaire n’est pas poussée suffisamment loin ?

Voilà en gros le raisonnement des fédéralistes, jamais en retard d’une absurdité. Selon eux, nous avertit Vincent Brousseau, l’étape suivante sera de demander la mise en commun des politiques budgétaires. Parce que l’Union monétaire ne peut pas fonctionner sans ce nouveau partage de souveraineté. Le franchissement de cette étape, c’est-à-dire la marche vers le fédéralisme budgétaire et fiscal, a d’ailleurs déjà été théorisé, nous révèle-t-il, dans un document ayant circulé en 2016 sous l’intitulé de « protocole de Francfort », ou « protocole Duff », du nom de son rédacteur : Andrew Duff, archétype de l’eurocrate.

La ligne directrice du protocole Duff : déposséder les États
de toute latitude en matière fiscale et budgétaire.

Sans exposer dans le détail le contenu de ce protocole, on peut en donner la ligne directrice :

— transférer à la Commission européenne le droit de lever les impôts, d’émettre des obligations et de prêter de l’argent ;
— déterminer directement la politique économique des États ;
— superviser toutes les banques
.

En gros, déposséder les États de toute latitude en matière fiscale et budgétaire. Ce protocole pousse la franchise jusqu’à introduire un processus indépendant de retrait de l’euro, manière de garantir sa survie en cas de déviation budgétaire d’un membre. Il est vraisemblable que ce protocole serait subrepticement ajouté à l’acquis communautaire par le biais de l’article 48 du traité sur l’Union européenne, qui régit les révisions des traités.

Ce bond en avant vers le fédéralisme intégral se fera-t-il ou non ? Pour l’heure, le protocole Duff n’a pas quitté le tiroir. Cependant, s’il devait avoir une suite, il ne s’agira plus alors de sorcellerie, mais bel et bien de spoliation pure et simple des attributs de souveraineté des États et des richesses des plus gros contributeurs. Parce que la mutualisation des dettes de tous les États de la zone euro se traduira inévitablement par la ponction annuelle de dizaines et de dizaines de milliards d’euros des Finlandais, des Néerlandais, des Allemands, des Français, etc., pour financer les dépenses sociales et les déficits budgétaires des Espagnols, des Portugais, des Italiens, des Grecs, etc. Or, affirme Vincent Brousseau, aucun citoyen des pays payeurs n’acceptera cela.

Quel que soit le chemin emprunté, quels que soient les enchantements lancés et les incantations proférées, ou les métamorphoses imposées à la zone euro, il ne fait donc aucun doute que l’euro est condamné. Cette certitude est d’ordre mathématique. La question n’est donc pas de savoir s’il va disparaître, mais quand il va disparaître, à l’initiative de qui, et à quel coût.

 

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SUITE

II. Quelles issues pour la zone euro ?
(Grèce, Italie)

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